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Woodwatch

UN OUTIL DE VEILLE PHYTOSANITAIRE POUR FAIRE FACE AUX RAVAGEURS DE NOS FORÊTS

Les forêts jouent un rôle essentiel pour la planète, en contribuant à la régulation du climat, à la préservation de la biodiversité et au soutien de nombreuses économies locales. 

Elles sont aujourd’hui de plus en plus menacées par des risques croissants. On pense naturellement  aux risques d’incendies (voir notre article ICI). Il faut ajouter à cela les ravageurs qui affectent la capacité des forêts à fournir des services écosystémiques et posent des sérieuses implications écologiques et économiques.

foret de haut woodwatch

En France comme à l’échelle mondiale, les épidémies de ravageurs provoquent des dommages considérables. Selon l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), l’état des forêts françaises est préoccupant: entre 2021 et 2024, environ 193 millions d’arbres présentaient des altérations sur un total de 2,289 milliards, soit près de 8 %. La mortalité annuelle a également augmenté, atteignant 0,6 % en 2025, avec un niveau 2,3 fois supérieur à celui observé entre 2005 et 2013. Ces évolutions s’expliquent notamment par les effets du changement climatique et par la multiplication des bioagresseurs, souvent favorisés par ces nouvelles conditions.

Les ravageurs forestiers : un enjeu croissant pour la santé des forêts

Une forêt affaiblie par des agents pathogènes et des insectes xylophages

Une forêt affaiblie par des agents pathogènes et des insectes xylophages

Les insectes, champignons et autres agents pathogènes ont toujours fait partie des écosystèmes forestiers. Ils jouent un rôle important dans le cycle naturel des forêts, notamment dans la décomposition du bois et le renouvellement des peuplements. En conditions normales, ces organismes participent donc à l’équilibre et à la biodiversité forestière.

Cependant, aujourd’hui l’augmentation des échanges internationaux de marchandises et de personnes favorise l’introduction d’espèces exotiques invasives dans de nouveaux environnements. Cette menace est très concrète en France, comme l’illustre la détection en novembre 2025, d’un premier foyer de nématode du pin à Seignosse, dans les Landes.

En l’absence de prédateurs naturels, de compétiteurs ou de pathogènes capables de limiter leur développement, ces espèces peuvent prospérer et se répandre rapidement au détriment des espèces natives et des écosystèmes forestiers dans leur entièreté.

Le changement climatique amplifie fortement les risques et les conséquences de ces invasions. L’augmentation des températures permet à certains ravageurs, tel que le champignon pathogène Hymenoscyphus fraxineus, de trouver des conditions favorables à leur implantation dans des zones auparavant inadaptées, et d’y survivre plus facilement, non plus limités par le froid hivernal.

Hymenoscyphus fraxineus
Thaumetopoea pityocampa

Dans certaines régions méditerranéennes, plusieurs insectes réalisent désormais davantage de générations par an grâce à des conditions climatiques plus favorables en entraînant leur pullulation et les dégâts associés, comme le cas de la processionnaire Thaumetopoea pityocampa . De même, les sécheresses prolongées, les tempêtes, les inondations ou encore les épisodes de chaleur extrême fragilisent l’état de santé des arbres, altérant leurs processus physiologiques et leur capacité à se défendre contre les attaques biologiques. 

Cette fragilisation favorise non seulement les espèces invasives, mais aussi des organismes indigènes autrefois considérés comme secondaires. Des insectes dits « de faiblesse », qui attaquaient auparavant principalement les arbres âgés ou déjà dépérissants, peuvent désormais provoquer des mortalités massives, comme c’est le cas du scolyte Ips typographus

ips typographus
cryptostroma corticale

© Björn Sothmann

Certains champignons endophytes, présents naturellement et de manière latente dans les arbres sans provoquer de dégâts, deviennent pathogènes lorsque les défenses de l’hôte diminuent, comme le cas du champignon Cryptostroma corticale, causant des dégâts graves car les efforts de confinement et d’éradication sont vains. 

trous de sortie arbre ravageurs

Trous de sortie d’insectes xylophages

Les ravageurs et pathogènes forestiers peuvent réduire la production primaire forestière, perturber les équilibres écologiques et les relations entre espèces, diminuer des services écosystémiques essentiels comme le stockage du carbone, la régulation du climat, la filtration de l’eau ou la prévention de l’érosion. Certaines attaques obligent également à exploiter rapidement les peuplements pour limiter les pertes économiques, comme dans le cas des épicéas attaqués par les scolytes.

Dans ce contexte, la détection précoce des foyers d’infestation devient essentielle afin d’intervenir rapidement et de limiter les impacts environnementaux et économiques. Pourtant, les méthodes traditionnelles de surveillance restent coûteuses, lentes et difficiles à déployer à grande échelle, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles approches basées sur l’observation satellitaire.

La télédétection : un nouvel allié pour la surveillance sanitaire des forêts

Face à l’augmentation des perturbations forestières liées aux ravageurs, la télédétection permet d’accroître et d’étendre les capacités de surveillance dans le temps et l’espace en intégrant les connaissances sur les interactions hôte-pathogène et sur la manière dont les symptômes se traduisent en signal de télédétection.

Les arbres affectés par des insectes ou des agents pathogènes présentent des modifications physiologiques qui changent la manière dont ils réfléchissent la lumière. Ces variations peuvent être détectées par les satellites d’observation de la Terre, parfois avant l’apparition de symptômes clairement visibles à l’œil nu. L’analyse de séries temporelles d’images acquises à différentes dates permet ainsi d’identifier des évolutions anormales de la végétation et d’en suivre la progression dans le temps.

Analyse de changements spectraux sur série temporelle d’images satellitaires: détection de foyers de changement liées potentiellement à des attaques de ravageurs

Analyse de changements spectraux sur série temporelle d’images satellitaires: détection de foyers de changement liées potentiellement à des attaques de ravageurs

Si cette approche présente encore plusieurs défis techniques liés aux conditions atmosphériques, aux variations saisonnières ou à la diversité des symptômes selon les ravageurs, ces nouveaux outils deviennent aujourd’hui essentiels pour soutenir une gestion forestière durable et réactive, facilitant ainsi l’identification des zones à risque et la mise en place d’interventions ciblées. Associés à un diagnostic expert, ils permettent une surveillance continue, rapide et objective des forêts, fournissant ainsi une base scientifique pour une gestion forestière appropriée. 

Woodwatch : une solution de veille phytosanitaire par satellite

Développée par Pixstart, la solution Woodwatch combine l’imagerie satellitaire Sentinel-2 et des algorithmes d’intelligence artificielle afin de détecter précocement les anomalies de végétation susceptibles d’être liées à des attaques de ravageurs. L’objectif n’est pas d’identifier immédiatement l’agent responsable, mais de signaler rapidement les zones présentant un comportement inhabituel afin de déclencher des vérifications ciblées sur le terrain.

Contrairement à d’autres solutions basés sur des indicateurs n’utilisant qu’une partie de la données satellitaire (par exemple le NDVI, basé sur 2 bandes spectrales), Woodwatch exploite l’ensemble des bandes spectrales disponibles ainsi que des traitements spécifiques permettant d’améliorer la précision des détections et de limiter les incertitudes. À partir de ces données, les algorithmes recherchent des variations significatives des propriétés d’absorption et de rétrodiffusion de la canopée, révélatrices d’un stress sanitaire. 

Woodwatch fournit un système d’alertes automatisées contenant les identifiants des parcelles concernées, la localisation GPS des anomalies détectées et une cartographie exploitable des zones à risque. Ces informations permettent d’optimiser les opérations de gestion forestière :

  • organiser les tournées de surveillance terrain,
  • cibler les zones nécessitant un traitement, une intervention ou un coupe phytosanitaire,
  • limiter les pertes économiques et les coûts d’exploitation.

Les algorithmes Woodwatch évoluent constamment afin d’intégrer de nouvelles données, d’améliorer la précision des détections et de répondre aux enjeux croissants liés à la santé des forêts dans un contexte de changement climatique. 

Certains parasites posent en effet des défis car ils ne sont pas à l’origine de symptômes facilement visibles sur les prises de vue satellitaires ou se présentent en cas isolés, à des échelles plus fines que la résolution actuelle des données satellitaires. N’existant pas une recette unique de télédétection, Pixstart sélectionne les données satellitaires et les données externes adaptées au ravageur, au peuplement et aux besoins de gestion de chaque cas spécifique.

Un exemple concret : la détection de la cochenille tortue du pin

Adulte de cochenille tortue Toumeyella parvicornis

Adulte de cochenille tortue (© Eric Chapin), https://ephytia.inrae.fr/

Dans le cas de la cochenille tortue du pin, la protection de la haute valeur esthétique et culturelle des pins dans les villes côtières méditerranéennes passe désormais par l’analyse d’images satellitaires, comme c’est le cas pour les cartographies fournies à la société de traitements phytosanitaires Bioterrae.
Cet hémiptère exotique, introduit en France en 2021, est particulièrement favorisé par les conditions climatiques de la France méditerranéenne, étant capable de produire plusieurs générations par an et possédant donc un potentiel biotique très élevé. Il peut provoquer la mortalité au bout de plusieurs années de fortes attaques des espèces hôtes sensibles. 

Indice de végétation moyen de deux parcelles étudiées dans le cadre d’une expérimentation avec  le DSF Sud Est: visible l’effet de l’attaque des cochenilles sur la parcelle attaquée à  partir de 2022, comparé au cycle végétal d’une parcelle saine.

Indice de végétation moyen de deux parcelles étudiées dans le cadre d’une expérimentation avec  le DSF Sud Est: visible l’effet de l’attaque des cochenilles sur la parcelle attaquée à  partir de 2022, comparé au cycle végétal d’une parcelle saine.

À travers l’analyse automatisée Woodwatch des fluctuations de l’indice de végétation des couverts arborés, sains et attaqués, il a été possible d’établir des seuils d’état sanitaire. Ils distinguent:

  • une végétation affichant une activité photosynthétique constante au fil du temps ;
  • une végétation saine et vigoureuse, dont le taux de photosynthèse augmente;
  • et une végétation en perte d’activité, signalant potentiellement un stress abiotique intense ou une agression biologique.
Évolution parcelle attaquée

Évolution de l’état phytosanitaire d’une parcelle témoin attaquée  durant la période estivale, comparé à l’état de l’année précédente. Cette analyse permet de visualiser facilement les changements et les zones considérées à risque d’attaque. La parcelle a été traité en 2024 par Bioterrae.

Dans l’exemple ci-dessus, la parcelle est classifiée stable en 2020. Cela pourrait indiquer la présence d’arbres matures ou bien soumis à un léger stress, ce qui ralentit leur capacité de photosynthèse et les rend en même temps plus sensibles à une éventuelle attaque biotique future. En 2022, en pleine attaque phytosanitaire causée par les cochenilles, la parcelle dans son ensemble présente une situation extrêmement difficile. Le diagnostic d’attaque a été confirmé par des relevés sur le terrain et s’est prolongé bien au-delà de l’année représentée ici. En 2025, on constate une amélioration de l’état sanitaire de la parcelle, très probablement due au traitement phytosanitaire réalisé par la société Bioterrae l’année précédente.

Grâce à l’analyse de l’évolution de l’activité photosynthétique dans le temps, nous élaborons une cartographie des probabilités d’infestation identifiant les secteurs vulnérables. Disponible en format matriciel ou découpée par parcelles cadastrales, cette ressource aide à cibler précisément les interventions préventives et curatives. En intégrant ces tendances, cet outil permet également d’apprécier avec précision l’efficacité des traitements phytosanitaires appliqués.

Cartographie finale de bilan phytosanitaire à l’été 2025 :

Compare l’état le plus récent à l’état de base de la parcelle, en prenant comme référence principale l’année 2020, année précédant l’introduction de la Cochenille Tortue du Pin en France.

Cette cartographie permet aussi d’évaluer l’effet des traitements phytosanitaires, comme le cas de la parcelle ici prise en exemple.

Ce cas montre les atouts de la surveillance satellitaire dans une optique de gestion active, aussi bien dans les environnements urbains et périurbains que dans la forêt.

Grâce à la détection des zones à risque et à la cartographie fine des probabilités d’attaque, cette approche permet ainsi d’optimiser les campagnes de traitement, de cibler les zones prioritaires et de préserver le patrimoine paysager et écologique.

Woodwatch

Afin d’en savoir plus sur les modalités de mise en œuvre, n’hésitez pas à nous contacter ou à prendre directement RDV avec Richard Barré :

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Valentina Boggi

Cet article a été écrit
par Valentina Boggi.